La masculinité: un mythe à déconstruire?

Les mouvements féministes ont remporté bien des batailles à travers le globe, bousculant les normes liées au genre féminin. Mais ces avancées ne touchent pas seulement les femmes: en remettant en question leur rôle dans la société, c'est aussi la place de l'homme qu'on ébranle. 

Qu'est-ce que c'est que la masculinité toxique?

Le concept de masculinité toxique est né au sein des études sur le genre pour décrire un certain comportement masculin dans les sociétés du Nord-global, ainsi que son impact négatif.

Les hommes sont élevés dans la croyance qu'être un homme, un vrai, c'est s'identifier à certaines qualités: la virilité, l'autonomie, la domination sociale, la normalisation de la violence, la répression des émotions, ou encore la misogynie.

Comment cette masculinité prend-elle forme dans la société?

Nous vivons dans une société profondément patriarcale, définie par un système social d'oppression systématique des femmes par les hommes. Ce modèle est transmis par les parents, les hommes de la famille et la communauté, mais aussi les représentations médiatiques de la masculinité à la télévision ou encore YouTube qui favorisent les rôles de genre stéréotypés. 

Cela se retrouve dans la culture du viol - c'est-à-dire, la banalisation des abus sexuels envers les femmes, ou encore la pornographie dite "traditionnelle" (opposé au porno éthique) qui justifie l'exploitation des femmes et contribue à une vision hétérocentrée de la sexualité réduite au plaisir masculin, la pénétration et la déshumanisation des relations.

Cela pose d'autant problème que la pornographie est une des sources principales d'éducation sexuelle pour les jeunes. Selon un sondage Ifop de 2014, un Français sur deux a déjà essayé de reproduire des positions ou des scènes vues dans un porno.

S'élever au-delà des normes

À l'heure où les femmes s'émancipent de certaines normes oppressantes, le masculin doit lui aussi se réinventer. France Culture a dédié une émission à de rares et précieux témoignages, ceux de deux hommes racontant leur cheminement de remise en question des schémas masculinistes de la sexualité. 

  • Un manque d'éducation sexuelle

"On ne m'avait pas dit grand-chose, les récits entre mecs étaient des récits très trash, très virils, très "je l'ai eu cette meuf", un peu tableau de chasse. Ce qu'on se raconte entre mecs quand on est adolescent se limite à ce genre de choses, après ce que je savais, c'était la pornographie." Sylvain

Avant même d'avoir sa première relation sexuelle, Guillaume n'imagine pas la sexualité comme quelque chose de tendre. Ses préjugés, puisés dans les films et magazines pornographiques auxquels il est exposé dans sa jeunesse, ont contribué à construire une sexualité centrée sur la performance et la jouissance comme objectif ultime, sans considération pour le plaisir féminin.

"À l'époque, je ne discutais pas du tout de si elle jouissait ou non." Guillaume

  • Être un homme, c'est quoi?

"J'ai compris que pour être un homme, il fallait conquérir une femme."  Guillaume

Être grand, fort, musclé, doté d'un gros pénis, sont quelques-uns des attributs valorisés typiquement masculinistes.

"L'année d'après, je me suis inscrit dans une salle de musculation. Et là, j'ai commencé à être un peu plus costaud (...) je me disais: c'est comme ça qu'on est un homme." Guillaume

De plus, les injonctions virilistes transmettent un certain comportement sexuel: pénétrer, tenir longtemps (une heure au moins), et sortir la panoplie de positions acrobatiques. Comme dans les films.

"Je pense que le porno m’a fait perdre vingt-cinq ans de ma vie… Trop de temps." Guillaume

  • Au-delà de la pénétration et de la performance

Une fois que Sylvain laisse de côté la pénétration comme acte sexuel principal, il se découvre une sexualité plurielle, active et curieuse.

"Quand t'arrêtes d'avoir comme objectif l'orgasme et que tu prends juste l'objectif en soi du plaisir et de tous ces millions de plaisirs à côté, c'est dix fois mieux (...) le triptyque orgasme, pénétration et éjaculation, si c'est ton objectif tu tombes dans la routine et tu rates le vrai orgasme." Sylvain

De son côté, Guillaume éprouve du soulagement en découvrant une autre manière de vivre sa sexualité en étant plus présent, en évitant de trop penser aux images pornographiques tout en restant attentif à la personne en face de lui.

"Sortir de cette obligation d'être épanoui sexuellement dans un couple, ça enlève un poids fou." Guillaume

Masculinité toxique: quel effet cela a-t-il sur les hommes? 

La féministe américaine bell hooks soutient que les hommes souffrent, eux aussi, de ce système patriarcal, fondé sur la déshumanisation et l'étouffement des sentiments. 

Selon une étude américaine réalisée sur plus de 19,000 participants: plus les hommes se conforment aux normes "traditionnelles" de masculinité exacerbée, plus leur santé mentale est affectée, d'où les nombreux cas de stress, dépression, problèmes liés à la perception de leur corps, ou encore d'abus de substance. 

De plus, ces hommes étaient les moins favorables à parler de leurs problèmes de santé ou demander de l'aide à leur médecin. De ce fait, la norme culturelle poussant à l'autosuffisance entraînerait un raccourcissement de leur espérance de vie, selon une étude publiée dans la revue Preventive Medicine.

Et que dire du culte de la performance et des corps stéréotypés véhiculés par la culture populaire ou encore la pornographie? La taille du pénis est bien trop souvent perçue comme la représentation ultime de la virilité, ce qui explique pourquoi de plus en plus d'hommes se tournent vers la chirurgie afin d'altérer la taille de leurs parties génitales. 

Pour en finir avec la masculinité toxique, nous avons besoin d'élever tous les enfants de la même façon en diminuant les clichés de la virilité. D'ailleurs, Gillette a dédié une campagne encourageant les hommes à changer de comportement, dans laquelle Terry Crews affirme que pour vraiment changer les choses, "Les hommes doivent tenir les autres hommes responsables." 



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